Q&A du film “Luca” avec Andrea Warren, productrice et Enrico Casarosa, réalisateur

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Au cours d’une session de questions-réponses à distance (à cause de la crise sanitaire que l’on ne présente plus), les créateurs du film sont revenus sur certains influences et autres choix opérés durant la création du nouveau long-métrage des studios Pixar Animation. La tentation était trop grande, il nous fallait vous en parler pour accompagner notre critique de cette nouvelle réussite des studios à la lampe de bureau. 

Enrico Casarosa, réalisateur, et Andrea Warren, productrice

Lorsqu’il s’agit de justifier le choix d’un décor italien, le réalisateur de Luca avoue qu’il a vécu son enfance à Gênes en Italie et que son meilleur ami s’appelle Alberto, comme dans le film. Tout comme son héros animé, il a expérimenté le saut de falaises sur les côtes italiennes avec son ami et espère être parvenu à célébrer la culture italienne à travers cette petite ville. Tout cela est évidemment relié à ses souvenirs et notamment à ses amitiés estivales mais aussi à son amour pour les Cinque Terre, cinq petites villes qui semblent sortir de la mer et qui s’accrochent à la montagne pour ne pas sombrer. 

De son côté, la productrice du film revient davantage sur les étapes de recherche de ses équipes pour cerner l’ambiance et les spécificités du décorum italien. Un focus important a été fait sur les détails pour parvenir à capter ne serait-ce qu’un semblant de vérité pour retranscrire la chaleur de la  Riviera à l’écran. Il fallait évidemment que l’équipe expérimente le lieu pour cerner les lumières, la chaleur, le sentiment estival, la beauté de l’eau et tant d’autres choses encore. Finalement, elle affirme :

« Ce qu’on veut c’est créer une ambiance comme un livre d’images, un conte pour enfants… On prend tout ce qu’on apprend sur place, et on le réduit à l’essentiel pour avoir une vision très poétique de l’endroit. »

Pour capturer « l’essence poétique » du théâtre de l’intrigue, l’équipe créative a fait le choix d’une simplicité persuasive.

« Au lieu d’avoir des effets spéciaux hyper complexes pour l’eau, on était obligés de demander à nos équipes de trouver des versions beaucoup plus simples de ce qu’ils nous ont présenté au début…  Quand vous regardez le bateau qui passe dans l’eau, le sillage est dessiné par des formes circulaires très jolies. C’était un vrai choix d’ajouter ces images poétiques. » précise la productrice avant d’être complétée par son collègue à la réalisation. « On voulait travailler comme des peintres, d’une manière plus poétique, un peu comme un saut vers un autre monde. C’était aussi un vrai choix de s’éloigner de tout ce qui est très réaliste. »

Que serait Luca sans ses séquences de transformation d’homme à créature marine et vice-versa ? Peu de choses, et il s’agit là du plus grand défi technique de l’entreprise cinématographique d’après Andrea Warren. Au cœur du film, les transformations devaient être cohérentes et charmantes pour ne pas risquer de ruiner tous les autres efforts fournis sur la création.

« Il ne fallait pas seulement créer et comprendre comment illustrer cette transformation une fois, mais plusieurs fois au cours du film, dans des circonstances différentes ! »

… ajoute-t-elle avant d’être complétée par son compagnon créatif. Insistant sur l’importance du travail fourni par les animateurs, il précise que de nombreuses recherches ont été nécessaires, notamment auprès des calamars et…

« de leurs cellules pigmentaires qui peuvent changer de couleur. Ces toutes petites cellules sublimes s’appellent les chromatophores est elles sont presque comme des petites aquarelles qui fondent dans l’eau.» 

Au sujet des éléments marins, le film se devait aussi de se différencier des autres productions pixariennes sous l’eau, à l’image du Monde de Nemo d’Andrew Stanton. Pour y parvenir, l’équipe créative a surtout « cherché la spécificité de la mer ligurienne, notamment en termes de couleurs et de texture de l’eau » d’après Enrico Casarosa.

« Notre grand défi était de montrer le monde de Luca qui est aussi incroyable, mais moins expansif. Le film raconte l’histoire d’un gamin qui sent vraiment les limites de son monde. Du coup on a beaucoup joué avec un phénomène naturel qui arrive dans la mer ligurienne – l’obscurité. C’était important qu’on ne voie pas trop loin dans ces eaux… On voit des belles images des rochers dans la distance, mais l’image n’est pas nette, c’est un peu flou. Donc on a beaucoup joué avec cette idée et le contraste une fois que Luca monte à la surface. Tout d’un coup, il peut voir très très loin et tout devient très net, le monde là-haut lui paraît plus grand. »

La suite de l’entretien pose évidemment la question d’un travail en temps de pandémie et à distance. Andrea Warren se souvient alors de l’enregistrement chaotique des voix, qui devait commencer au moment où les équipes ont quitté les bureaux californiens pour travailler de chez eux.

« Nos équipes étaient obligées de créer un nouveau système de télé-enregistrement avec des microphones et des iPads qu’on a envoyés à nos acteurs. Plusieurs d’entre eux étaient obligés de s’enregistrer dans leurs placards à la maison avec des couvertures attachées au mur afin d’isoler le son. Puis de temps en temps on leur disait. “Eh… ton bras est en train de frapper les cintres et ça fait du bruit… »

Il est évident que les conditions requises n’y étaient pas toujours. A force de résilience, le film a finalement pu voir le jour grâce à l’utilisation abondante de l’application Zoom pour maintenir du lien entre les nombreux membres de l’équipe. 

Nous en parlions dans notre critique, Luca est parfois un bel hommage aux films de Fellini et Miyazaki, ce dont le réalisateur ne se cache pas puisqu’il s’avoue fan du réalisateur nippon (qui ne l’est pas ? 🙂 ) et notamment de Conan, le fil du Futur qu’il regardait lorsqu’il était enfant. Mais il souligne aussi l’extraordinaire opportunité d’avoir présent son court-métrage La Luna au génie lui-même. Ne tarissant pas d’éloges au sujet de celui qu’il rêvait de rencontrer, Enrico Casarosa précise que ce qu’il aime le plus chez lui…

« sont ses observations et son appréciation de la beauté de la nature, son œil pour les détails de la nature, et son sens de l’imaginaire. C’est pour ça que je l’adore et j’aime bien mettre ces mêmes idées dans mon travail aussi. Ça se voit par exemple quand Luca, qui est vraiment un poisson en dehors de l’eau, remarque le vent dans les arbres… Ça m’a donné l’opportunité d’ajouter ces rêveries vers la nature que j’adore. »

Mais les inspirations sont aussi visuelles puisque l’esthétique de Luca et le design artistique général provient d’influences multiples. Des vieilles cartes marines des années 1700 (riches en monstres fantastiques, entre krakens et serpents de mer) aux monstres marins plus modernes, les références sont diverses et ont notamment inspiré les parents et la grand-mère de Luca. Mais le character design des deux amis principaux doit beaucoup au sens qu’ils véhiculent :

« Quand on crée un personnage, on pense à son essence même. Donc Luca par exemple avait besoin d’avoir de très grands yeux et un visage qui est ouvert au monde. C’était pareil avec le petit garçon dans mon court-métrage La Luna.  C’est pour ça qu’on voulait des très grands yeux pour Luca. Alberto est beaucoup plus lisse, joueur.  Il rappelle un poisson plus puissant comme un thon. Il fallait montrer qu’il est plus fort et qu’il a quelques années de plus que Luca. Il fallait que ça se voit. »

Pour conclure cette session de questions-réponses passionnante, le capitaine à la barre du long-métrage tient à souligner que les easter eggs (très appréciés au sein des productions Pixar) sont nombreux dans le film. Il faut notamment prêter attention aux panneaux dans Portorosso mais également scruter les recoins de la chambre de Giulia, riche en hommages à l’âge d’or du cinéma. Les fans du néo-réalisme seront ravis ! 

Merci à The Walt Disney Company France pour ce bel échange ! 

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