[Interview] Marine Blin, pour son court-métrage “Ce qui résonne dans le silence”

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Aujourd’hui nous mettons en avant un court-métrage coup de cœur avec Ce qui résonne dans le silence, réalisé par Marine Blin, qui est en compétition officielle dans le programme numéro 3. Un coup de cœur parce que nous avons beaucoup aimé sa direction artistique mais aussi ses thèmes abordés avec une grande justesse, malgré leur dureté. La réalisatrice a bien voulu répondre à plusieurs questions qui nous brûlaient les lèvres.

Cacher la mort ne la fait pas disparaître. Une petite fille souffre des silences adultes et se sent dépouillée de son droit au deuil. Devenue adulte, elle explique les gestes tendres qui la lient aux morts.

Pouvez-vous nous dire en quelques lignes de quoi parle “Ce qui résonne dans le silence”, votre premier court-métrage professionnel?

Ce qui résonne dans le silence parle du choix de voir nos morts, et de la place spéciale qu’occupe la dernière image que l’on garde de quelqu’un. C’est aussi un film qui trace un parcours de vie. L’histoire d’une femme et de son rapport à cette image, qui l’a menée à choisir un métier atypique, comme un chemin de résilience.

Les thèmes abordés sont très adultes. L’un des messages véhiculés dans ce court-métrage est que l’on est en droit de vivre son deuil sans condition, à tout âge de la vie. Du coup la question est : à qui le destinez-vous? Quelle est votre “cible”?

Cette question est toujours assez délicate. De manière générale je n’aborde pas du tout l’écriture ou la réalisation d’un film en déterminant “une cible”. J’ai construit ce film comme l’introduction à un espace de discussion, en essayant selon moi de le rendre le plus ouvert possible. Il appartient ensuite à chacun d’accompagner cette discussion avec ses propres mots, ses expériences et sa sensibilité. J’espère ainsi qu’il puisse s’adresser à chacun. Nous avons tous notre rapport à la mort, intime et singulier, émaillé ou non de tabous et de non-dits.

Face aux ombres géantes et noires des adultes, vous avez fait le choix d’y opposer une jeune fille aux traits enfantins qui est, j’imagine, la transposition de votre “moi”. Sans entrer dans les détails, vous aviez quelque chose de personnel à raconter pour, peut-être, évacuer? Comme une sorte de catharsis?

Quand j’ai commencé l’écriture de ce film, je n’avais pas du tout en tête une sorte de trauma personnel ou autre. J’ai d’abord imaginé la rencontre particulière entre une maquilleuse funéraire et le corps d’une femme âgée. J’ai été touchée de cet intime, de ce que l’on donne et, j’imagine, de ce que l’on reçoit. Le film s’est ensuite construit autour de souvenirs personnels, de témoignages de gens proches et aussi de personnes dont c’était le métier. Cette image de petite fille, je ne la conçois pas purement comme personnelle.

Marine Blin, la réalisatrice. Copyright photo : UniFrance.

C’est une sorte de représentation de la césure entre notre perspective et celle de l’autre, enfant ou non. On suit ce personnage, marqué à différents âges de la vie par cette absence d’image qui va définir beaucoup de choses dans son futur. Je ne sais pas si cette image-là est cathartique, et je ne fais certainement pas la part de ce qui est pensé, réfléchi, et instinctif dans le film. Ce que je peux dire c’est que le processus d’écriture, scénaristique et graphique a été profondément personnel, sincère et je l’espère, dénué de nombrilisme.

On distingue deux types de styles graphiques : d’un côté un pastel plus étiré et, de l’autre côté, un très fin et précis. Pourquoi ces choix? 

Ce qui résonne dans le silence est composé de deux parties distinctes, qui n’ont pas du tout le même rapport à la réalité.

La première partie du film est celle des souvenirs qu’on égrène. C’est celle du pastel gras, matiéré et flou, évanescent. C’est une suite d’images qui se transforment, de motifs qui se répondent. Pour moi c’est un écho même à notre mémoire, et à la construction de nos souvenirs. Une image en perpétuel mouvement, équilibre fragile de motifs, de personnes, d’odeurs, de sensations…

La seconde partie est, elle, traitée de manière beaucoup plus réaliste. On se rapproche du corps, on est dans le temps présent, celui de la préparation. Je tenais vraiment à ce qu’on s’attarde sur le corps marqué, vieilli, pour lequel j’ai un amour et une tendresse particulière. C’était essentiel que cette image soit réaliste, immobile, c’est le sujet même du film. Que gardons-nous des autres ? Un détail qui le/la raconte, la forme d’une bouche, les rides sur ses mains, les cicatrices et les marques qui nous rendent uniques et beaux. C’est montré cette image représentée, dessinée, sans nous l’imposer.

La musique accompagne admirablement bien les différentes séquences. Comment s’est passée votre rencontre et collaboration avec Pierre Caillet, le compositeur? 

J’ai eu la chance de rencontrer Pierre qui fait partie de Papy3D Productions, après avoir travaillé sur plusieurs projets qu’ils ont produits, notamment au Studio Train Train dont je fais partie depuis plusieurs années maintenant. Je trouve son travail virtuose et juste, et j’avais envie de voir comment nous pouvions travailler ensemble, moi qui suis assez frileuse en ce qui concerne la musique dans mes films. Il a très vite accepté et nous avons travaillé sur une première piste très différente. C’est dans un second temps, une fois que j’avais un peu plus avancé sur l’image, que Pierre m’a proposé ce thème qui m’a tout de suite bouleversée. Il y avait ce côté épidermique, quasi hypnotique, qui jouait réellement sur une dilatation du temps en quelque sorte. Pour moi, il accompagne ce moment d’introspection, comme un guide qui nous mène enfin à ce moment de silence, qu’il investit pleinement. 

On a ensuite travaillé l’équilibre du son, de la voix et de la musique dans les différentes parties du film avec Yan Volsy, et l’oreille bienveillante de Pierre Caillet. 

Votre actualité est riche en ce moment entre les différentes sélections du court-métrage un peu partout dans le monde mais aussi avec la co-écriture avec Delphine Maury de votre premier long-métrage : L’ours et l’ermite. Pouvez-vous nous en dire un peu plus en quelques mots?

J’ai eu la chance que Delphine Maury, avec qui je travaille depuis plusieurs années, me propose ce projet magnifique, L’ours et l’ermite. C’est une adaptation du livre éponyme de Quentin Blake et John Yeoman que nous écrivons à quatre mains avec Delphine. Après une présentation en concept au Cartoon Movie 2020, nous avons fini en décembre 2020 une résidence d’écriture dans le cadre de la sélection annuelle du Groupe Ouest, une expérience magistrale ! Le film est en cours d’écriture, et on espère pouvoir bientôt s’atteler à la réalisation d’un pilote.

Voir le court-métrage en intégralité sur le site Internet d’Arte.

l'auteur

Anthony

Créateur et rédacteur en chef du site. Passionné de cinéma d'animation depuis ma tendre enfance, j'ai monté le site afin de partager à un maximum de personnes mes découvertes.

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