[Interview] Caroline Cherrier, pour son court-métrage “Horacio”

Like Ne bougez pas Dislike
 
0
Print Friendly, PDF & Email

Nouvelle journée et nouveau court-métrage coup de cœur mis en avant avec cette fois-ci Horacio, réalisé par la très multi-casquette Caroline Cherrier. Pourquoi coup de cœur? Tout simplement par sa mise en scène qui raconte un truc complètement dingue en toute banalité. La réalisatrice a bien voulu répondre à nos questions.

Guillaume tue Horacio « parce qu’il criait trop fort », un fait divers tragi-comique comme on en lit parfois dans les journaux. Bien qu’absurde, cet acte dramatique n’en finit pas de lui coller à la peau.

Pouvez-vous nous dire en quelques lignes de quoi parle “Horacio”?

Horacio, c’est pas vraiment l’histoire d’Horacio, c’est l’histoire de Guillaume. Ce dernier a tué Horacio, dans le jardin de derrière sa maison parce qu’il lui gueulait dessus et trop fort. Le mobile du meurtre est trop faible, ça déconcerte. On suit donc Guillaume, sa personnalité étrange et les conséquences de son drame absurde.

Caroline Cherrier, la réalisatrice.

D’où tenez-vous cette histoire?

D’une anecdote de mon oncle qui intervenait dans un centre de détention. Il rapportait les paroles d’un détenu, qui avait résumé son acte par “il gueulait, il gueulait, et après… ben il gueulait plus”… J’étais restée sidérée par la brutalité et la simplicité du constat.

Le film, ça a été d’étoffer, d’imaginer ce qui avait bien pu entourer cette anecdote. Et moins que de se demander “comment on en arrive là”, plutôt observer “et après, une fois que l’absurde a dépassé le réel : qu’est-ce qu’il se passe?”.

Outre la réalisation, on vous retrouve également à la direction artistique, au scénario, au graphisme, au storyboard, au layout, à l’animation, au compositing et au montage… Ce n’est pas trop dur de porter autant de casquettes?

Pour le coup j’ai fait une école assez technique, et j’aime bien toucher à tout, donc non, c’était vraiment très plaisant d’être à toutes les étapes. ça permet aussi de mieux les comprendre. Comme le film est mon premier film en solo – hors commande – ça m’a vraiment aidé à apprendre le métier. Et j’adore ça ! Mais pour la suite, je ne ferais plus autant un peu de tout, je pense que je saurais mieux gérer et déléguer.

Contrairement à votre court-métrage “Que dalle” réalisé pendant votre cursus aux Gobelins, le rythme de “Horacio” est plus lent alors que tous les deux racontent des atrocités. Ici, nous avons une sorte de “monotonie”, de “banalité” suggérée par le rythme de la voix OFF et le découpage. Pourquoi ce choix?

L’horreur dans la banalité, c’est un peu le thème central du film. Donc le rythme devait suggérer une certaine mollesse, pour qu’elle puisse contraster avec la violence des évenements : le meurtre, l’enfermement. Tout devait paraître assez morne. En fait ça passe plus par la voix et les actings que par le découpage, la durée des plans… Parce que le montage est finalement assez rapide : comme il ne se passe pas grand-chose dans les plans, on a vite besoin de passer à autre chose.

J’aime beaucoup les comédiens qui doublent Guillaume et sa mère. Les voix collent parfaitement aux personnages. J’imagine que ça doit être difficile de trouver LA voix. Comment s’est déroulée cette partie?

Pour Guillaume, ce n’est pas un comédien professionnel, c’est un rappeur – Spider Zed. On castait des comédiens, avec mes productrices d’Ikki films, mais ça n’a jamais fait évidence. En fait j’ai compris qu’on cherchait un sous-jeu un peu mélodique, un personnage assez désincarné mais donc on aimerait écouter la voix. Donc on est passé du côté des musiciens plutôt que des acteurs.

Marin – Spider Zed, fait des sons dans lesquels il est habitué à parler, chuchoter, mais en ayant un rythme mélodieux, un bon flow quoi. Avec lui ça l’a fait tout de suite. Pour la mère, c’est Patricia Marmoras, et son enregistrement était un des meilleurs moments de la production, c’était dur de ne pas rire pendant les prises. Pour le coup on voulait le contraire exact de Guillaume : du sur-jeu. Elle a réussi à rendre le personnage assez insupportable, et à sortir les longues tirades sans pause de cette mère qui ne pense pas du tout à celui qui l’écoute.

Vous avez repris les personnages de votre scénette “Rouge” et la fin de “Horacio” laisse à l’imagination du spectateur que des faits vont se reproduire. Vous avez une idée en tête de suite?

Héhé, non. La fin suggère que Guillaume n’a pas du tout évolué pendant le film, qu’il est resté exactement celui qu’il était au début, malgré les années et les événements. Cela laisse l’idée qu’il va continuer à tourner en boucle. Donc si il y avait une suite, ce serait sûrement presque le même film. Mais “Que Dalle”, “Rouge” et “Horacio” ont le même genre de fin ouverte qui “cache” un événement au spectateur… Donc ça fait déjà pas mal, je pense que je peux arrêter avec le concept, maintenant!

Une réalisatrice de talent comme vous doit avoir de nouveaux projets en tête ou en cours de réalisation. Un petit teasing peut-être?

Alors j’ai vraiment eu l’impression d’apprendre sur Horacio donc maintenant j’ai très envie de faire plein de nouveaux projets avec tout ce que je sais. Puisque c’est pour Annecy j’en profite pour faire de la publicité d’un très court-métrage que j’ai fini le mois dernier, qui est une commande pour une émission Arte, Shortcut, où l’on donne à un animateur 1 minute pour évoquer un film de cinéma (prod.Caïmans productions).

On m’a également proposé “Prince des Ténèbres”, de John Carpenter, ce qui m’a rempli de joie, parce que j’aime beaucoup les films de ce Monsieur. J’ai évoqué le film via un poème animé sur le “Prince des Ténèbres” et j’étais bien contente, normalement ça sort le 10 juin ou pas loin, donc y’a ça à voir.

Sinon, j’ai surtout un projet de film jeunesse qui parle de disparition des espèces et de l’océan, qui me tient très à cœur. C’est celui qui m’occupe vraiment actuellement.

Au stade de concept, un autre film un peu malsain avec du sexe, de la violence et des ordinateurs dedans. Et un autre projet encore sur Dalida. Là on dirait que ça part dans plein de sens différents mais en fait pas tant que ça !

Merci beaucoup pour ces questions et pour parler du film, bonne journée !

Merci à vous pour le temps que vous m’avez accordé !

Retrouvez le court-métrage dans son intégralité sur le site Internet d’Arte

l'auteur

Anthony

Créateur et rédacteur en chef du site. Passionné de cinéma d'animation depuis ma tendre enfance, j'ai monté le site afin de partager à un maximum de personnes mes découvertes.

One comment

Laisse une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.