[Critique] Mon oncle José, de Ducca Rios

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La sélection Contrechamp du festival d’animation d’Annecy est toujours une occasion de découvrir des films que nous n’aurions parfois jamais eu l’opportunité de voir en France. Mon oncle José de Duccas Rios est de ceux-là mais il est l’incarnation même d’une bonne idée foudroyée par une direction artistique frustrante et une exécution technique qui manque cruellement de professionnalisme. Difficile d’imaginer qu’il parviendra à s’imposer au festival annécien mais également en salles… et c’est d’autant plus regrettable que le film a beaucoup de choses à dire !

Ducca Rios, réalisateur
Pays : Brésil
Année de production : 2021
Durée : 1H29
Ça commence en 1983 dans la ville de Salvador. José, ancien membre d’un groupe politique d’extrême gauche, est attaqué. Parallèlement, son neveu, Adonias, s’inquiète du devoir que son professeur lui a donné. Dès lors, Adonias va devoir porter sur ses épaules la souffrance familiale, les conflits à l’école, et l’angoisse d’avoir à rédiger sa dissertation.

Dans la pure tradition des films animés contant des parcours individuels en proie aux bouleversements historiques de leurs pays, le film de Duccas Rios lie la petite histoire d’un oncle insurgé à la grande Histoire d’un pays soumis à une dictature militaire et une répression vive. Mais là où le lauréat de l’an passé, My Favorite War d’Ilze Burkovska Jacobsen parvenait à émouvoir et à proposer une esthétique un brin modeste mais pertinente, la proposition brésilienne dont nous parlons ici pêche sur de nombreux aspects. A cause d’une animation malheureusement très sommaire en 2D, voire saccadée sur certaines séquences, l’imagerie du film (auréolée d’un noir et blanc justifié) manque d’attraits. Pourtant,  l’esthétique générale devient plus pertinente lorsqu’elle met en scène des rêveries animées à la craie. Ces scènes, heureusement nombreuses, sont la preuve que l’équipe à la barre du film était capable de proposer une forme plus ambitieuse ! On regrette alors la simplicité technique de certaines séquences : est-il encore efficace aujourd’hui d’ajouter un filtre « vieillissant » (avec surplus numérique de grain) à des scènes retraçant le passé ? Probablement pas.

Rêveur, le protagoniste principal s’épanche dans des univers mentaux beaucoup plus riches qu’une réalité forcément pathétique et répressive qu’il tient à fuir. Mais c’est aussi au niveau du mixage sonore que le film se révèle décevant : qu’il s’agisse des voix off parfois emplies d’échos (comme si elles avaient été enregistrées dans une cave…) mais également des bruitages manquant de réalisme tout comme les musiques intervenant sans grande cohérence : le compte n’y est pas. Sorte d’œuvre inachevée sur la forme, Mon oncle José ne peut décemment convaincre sur les plans graphiques et sonores.

Cependant, le scénario ne manque pas d’intérêt et cela se voit dès la scène introductive au cours de laquelle le neveu de José (le réalisateur lorsqu’il était plus jeune) lit le récapitulatif d’un match qu’il dessine dans son cahier d’écolier tandis qu’un homme (l’oncle José qui donne son titre au film) est victime d’un tir de pistolet en pleine rue. Goal ! s’exclame alors le jeune garçon lorsque le coup est tiré. L’ironie dramatique est efficace mais il est dommage que ce genre de construction narrative soit une espèce rare dans cet ensemble cinématographique. Néanmoins, le propos porté par le film demeure important, d’autant plus qu’il détaille un pan trop méconnu de l’Histoire du Brésil. On y parle de communisme, de répression, de combat pour la démocratie tout en insistant sur l’importance de la pensée poétique. Artiste en devenir, le personnage-réalisateur partage sa passion pour le dessin avec son oncle auquel il rend hommage par ce film.

Le film sait aussi faire agir les personnages secondaires de l’intrigue, en construisant un portrait fragmenté de l’oncle José, réduit au silence par un coma inévitable tout au long du récit. Chacun leur tour, les membres de la famille de José se souviennent de la vie du « rebelle » de la famille : la grand-mère, la mère et le père du héros se succèdent auprès du jeune garçon pour reconstruire son destin tragique, découpé en cinq chapitres. L’émotion montre parfois le bout de son nez, notamment dans une séquence finale recolorant la diégèse filmique au son des manifestants pro-démocratie, mais elle est toujours réprimée par une forme contestable.Vous l’aurez compris, Mon oncle José ne peut compter sur ses finitions pour briller tant il fleure bon l’amateurisme sur le plan technique (à quelques scènes près). Cependant, derrière son apparat insatisfaisant se cache un propos très intéressant qui aurait évidemment mérité une équipe créative plus inspirée. Mon oncle José, ou l’art d’affaiblir le fond par la forme.

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