[Critique] “Ma mère est un gorille (et alors?)” de Linda Hambäck

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Succès en librairies, la relation entre une mère gorille et sa fille adoptive prend vie sur grand écran grâce à Linda Hambäck (Paddy la petite souris) dans une adaptation animée un brin surannée. Si le film porte un propos social extrêmement touchant et essentiel, il n’en demeure pas moins relativement modeste dans ses choix créatifs. Une demi-réussite qui plaira avant tout aux plus jeunes, à découvrir au festival d’animation d’Annecy 2021 (en sélection officielle) avant sa sortie en salles françaises en septembre prochain via Les Films du Préau.

Ce que souhaite Jonna par dessus-tout, c’est de trouver une famille adoptive… elle accepterait n’importe quel parent qui puisse lui donner de l’amour. La surprise est de taille lorsqu’une femelle gorille se présente un jour à l’orphelinat pour être sa nouvelle maman !

Cela commence comme de nombreux récits sur la douleur d’une vie d’orphelin (et le cinéma d’animation aime à traiter ce sujet tant il est essentiel) : Jonna mène une vie paisible avec ses amis de l’orphelinat du Soleil mais elle rêve de s’épanouir dans une famille aimante qui saura l’accueillir avec bienveillance. Survient alors une gorille qui l’effraie avant l’inévitable entente. Tout en contant une relation touchante entre deux êtres socialement et graphiquement opposés (un gorille et une enfant), le film se révèle être une franche critique du capitalisme en célébrant plutôt les vertus de la solidarité et du dépassement des apparences. Leçon d’égalité pour les plus jeunes, le commerce de la mère gorille est une mise en pratique des concepts socialistes : amenant les plus aisés de ses clients à payer plus cher certains articles de sa brocante, la gorille privilégie le revenu financier de sa clientèle pour donner un prix à ses objets. Inculquant des valeurs engagées et responsables à sa fille adoptive, Gorilla s’impose en héraut de l’humanisme. Pour enfoncer le clou social du récit, le scénario fait de l’orphelinat bienveillant l’objet d’une convoitise financière et vaniteuse de la part du maire de la ville qui souhaiterait en faire un complexe aquatique à son nom. 

Sous ses faux airs de simplicité, Ma mère est un gorille (et alors ?) aborde d’importants sujets de société dans une forme apologétique signifiante. Qu’il s’agisse de l’adoption controversée d’une jeune fille par une gorille (sujet de toutes les conversations mais aussi de tous les regards dans les espaces publics à l’image d’une scène au cœur d’un restaurant), ou bien du sous-texte intéressant sur la gestion d’un foyer par un parent unique (que l’on pourrait aussi envisagé comme un être jugé incompétent par la société). Préférant la lecture et le savoir à la médisance, Gorilla propose un modèle éducatif pertinent à celle qu’elle appelle avec bonheur sa fille. Grâce à des interactions presque naturelles et assurément touchantes entre les deux protagonistes, le scénario émeut sans trop en faire.

Malheureusement, si toutes les bonnes intentions du monde emplissent ce film, il ne peut outrepasser une esthétique désuète en plus d’être en quelques occasions fragmentée (notamment lors du rangement de la chambre par les orphelins au début du film). Par ailleurs, l’imagerie plus atypique et circulaire de l’ouvrage d’origine écrit par Frida Nilsson est remplacée par un design plus standardisé. Modestement composé, le récit s’avère également répétitif (la bande originale en devient vite irritante) et affaiblit quelque peu la portée émotionnelle d’une histoire aux contours sociaux saillants. Seules contre tous, Gorilla et Jonna auraient mérité une mise en scène plus persuasive pour nous emporter pleinement. Pourtant, quelques idées astucieuses de mise en image font mouche, à l’image de la première séquence en plan fixe à l’intérieur de l’orphelinat avant d’entamer une sortie vers le jardin avec un personnage, comme pour singer l’émancipation prochaine de l’héroïne, mais elles se font trop rare pour réellement colorer le film d’une vraie quête créative. 

Vous l’aurez compris, Ma mère est un gorille (et alors?) est une belle leçon de vie qui saura nourrir les réflexions sociales des jeunes spectateurs mais elle aurait mérité une esthétique plus séduisante et des choix de réalisation plus cohérents pour contenter tous les publics. Honnête divertissement porteur de sens, Ma mère est un gorille (et alors?) n’est finalement pas le crève-cœur escompté. 

Critique rédigée par Nathan

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