[Critique] “Ainbo, princesse d’Amazonie” de Richard Claus & Jose Zelada

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L’écologie est un sujet de prédilection pour le cinéma d’animation, et les exemples de production ne manquent pas : qu’il s’agisse de Rio du côté des studios Blue Sky (que nous pleurons encore), du mainstream Le Monde de Dory chez Pixar Animation Studios ou même du fascinant Garçon et le monde d’Ale Abreu (primé au Festival d’animation d’Annecy en 2014). Tout droit venu d’une terre fertile aux réflexions écologiques (le Pérou), Ainbo, princesse d’Amazonie est présenté en séance événement lors de l’édition 2021 du festival annécien avant sa sortie dans les salles françaises le 14 juillet prochain. Et preuve est de constater que si les fragilités graphiques se cimentent au fil du récit, son charme thématique et ses personnages attachants lui permettent de proposer une belle aventure que les plus jeunes apprécieront pleinement.

Née au cœur de la forêt amazonienne, Ainbo n’a que 13 ans mais rêverait d’être la meilleure chasseuse de tout Candamo. Aussi se lance-t-elle au mépris de tous les dangers dans la lutte contre la déforestation, ce terrible fléau qui menace sa terre natale. Heureusement, elle sait que pour vaincre ses ennemis, coupeurs d’arbres et chercheurs d’or, elle pourra compter sur ses guides spirituels magiques : Vaca, un tapir aussi costaud que maladroit et Dillo, un tatou espiègle.

C’est au fil d’une quête d’elle-même et de son passé (notamment au sujet de ses ancêtres) que la jeune Ainbo vient en aide à la forêt qu’elle protège du capitalisme destructeur (incarné par une mécanisation dévastratrice avant de prendre la forme d’un esprit maléfique bleuté – Yacuruna). Epris de spiritualité, le récit plonge rapidement dans le fantastique qui lui sied bien jusqu’à une séquence finale embrassant pleinement les merveilles de la spiritualité. Attachés à la terre, le peuple de l’Amazonie péruvienne confère une place importante à l’immatérialité : tout au long du récit, Ainbo est guidée par deux esprits animalisés tandis que la mère de son amie disparaît au cours du film avant d’être guidée vers le monde des esprits par des chants mystiques. Partant en quête d’êtres fantastiques pour l’aider dans sa recherche de réponses existentielles, la jeune fille rencontre des animaux au gigantisme allégorique (la sagesse d’une tortue portant sur son dos une partie de la jungle lui ouvre les yeux tandis que le flegme d’un paresseux la questionne).

Là où le film se révèle plus fragile c’est dans son recours perpétuel aux poncifs du genre. Des sidekicks animaliers traditionnels (qui rappellent fortement Timon et Pumbaa, que ce soit en termes de comportement ou de morphologie) aux scènes d’aventure tonitruantes (courses en forêt, fuite d’un volcan en fusion ou vol plané sur une feuille de palmier composent les séquences les plus dynamiques du long-métrage) jusqu’à l’armada de bêtes mignonnes : le cahier des charges du film pour enfants est méthodiquement rempli. De plus, le budget modéré de cette aventure amène infailliblement à des faiblesses animées. On pense alors à l’animation quelque peu désuète de Dillo et Vaca (les guides spirituels d’Ainbo) et les mouvements trop souvent mécaniques des êtres humains qui manquent fâcheusement de réalisme. Le film se rattrape avec des décors foisonnants et une variété de paysages rencontrés, d’une forêt enchantée aux tons bleutés et rosés jusqu’aux horizons verdoyants d’une forêt tropicale, mais les défauts visuels du film ne mentent pas quant au budget alloué à cette coproduction (Pérou-Pays-Bas). 

Finalement, cette entreprise animée aux ambitions fabuleuses mais à l’éxécution hasardeuse aurait mérité une plus grande attention en termes d’écritures puisqu’elle emprunte parfois des chemins prédictibles et balbutiants. Pensons alors à la première séquence, faite d’allers-retours confus entre deux personnages féminins trop semblables. Les amies Zumi et Ainbo se ressemblent énormément (à cause d’un character design rapproché qui fait planer le doute sur une éventuelle fraternité tout au long du récit), perdant alors la compréhension du spectateur quel que soit son âge. Fort heureusement, un twist final intéressant et porteur de sens redonne de la puissance à une production ayant parfois des difficultés à définir sa singularité. On se prend alors à rêver d’un scénario plus éclairé et un budget mieux engagé. 

Proposition modeste mais honnête tout droit venue du Pérou, Ainbo, princesse d’Amazonie est une charmante proposition animée. Portant un doux message écologique et spirituel sur l’état du monde, l’intrigue a parfois du mal à se détacher des conventions du genre mais saura plaire à un public cible grâce à son lot d’actions et ses questionnements touchants sur la place d’une jeune fille dans le monde. Rendez-vous le 14 juillet prochain en salles ! 

Critique rédigée par Nathan

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