[Critique] Absolute denial, de Ryan Braund

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Si je vous dis intelligence artificielle, vous penserez inéluctablement au genre de science-fiction dyspotique qui inonde nos écrans. Cette année, le festival d’animation d’Annecy nous propose Absolute Denial qui est de ces films pessimistes sur l’alliance de l’Homme et de la machine. En compétition dans la catégorie Contrechamp, le premier long-métrage de l’anglais Ryan Braund est une réflexion en apparence convenue sur le pouvoir des intelligences artificielles par le prisme d’une esthétique crayonnée à l’austérité troublante mais il se révèle être une oeuvre magnétique et fascinante qui se prête à l’étonnement.

Pays : Royaume-Uni
Année de production : 2020
Durée : 1H11
Un programmeur de génie sacrifie sa vie personnelle et professionnelle pour construire un ordinateur d’une puissance sans précédent. Après avoir passé des semaines isolé à voir sa vie s’effondrer, il doit désormais se confronter à une machine bien plus intelligente que lui.

Doté d’une voix off à la première personne donnant vie au personnage principal, le récit ne perd pas de temps pour isoler son protagoniste et parvenir au face à face numérique promis par le pitch. Féru de science et de calculs complexes (l’introduction du film est d’ailleurs assez alambiquée), le programmateur au cœur de l’histoire crée une intelligence artificielle forcément consciente de sa propre condition, menant alors à un duel rhétorique entre les deux êtres lucides. L’isolation du personnage principal est telle que l’on ne rencontre aucun autre personnage actant au cours du long-métrage, à l’exception des voix téléphoniques composant l’entourage du scientifique. Investi d’une mission qu’il juge existentialiste, l’informaticien en oublie le reste du monde. Faut-il y voir un écho du confinement 2020 ayant vraisemblablement inspiré l’imaginaire de Ryan Braund ? Rappelons qu’il a écrit, réalisé et produit ce film d’animation atypique, en partie durant la crise sanitaire.

A l’aide d’une animation minimaliste et crayonnée en noir et blanc, à l’allure de brouillons mis en mouvement par la pensée, le réalisateur dessine les contours d’un univers déjà déshumanisé. De la même manière, le monde entourant le personnage se délite au fil du scénario grâce à une mise en scène et des lumières justement choisies jusqu’à l’isolement prévisible du personnage, acteur de son propre destin. Bloqué dans un halo de lumière, il subit. Le déni dont il est question dans le titre est véritablement le déni de soi du personnage principal qui, par amour du numérique et de la recherche, s’oublie (en oubliant les autres, qu’il s’agisse de ses amis, de ses collègues ou de sa petite amie). Pour renforcer la dimension anxiogène et troublante du récit, la musique quasi constante de Troy Russell, à base de compositions éléctroniques, donne le ton. 

Manipulé par sa propre création, l’architecte s’auto-détruit en bâtissant son propre antagoniste. Entre réalité et simulations, les vérités s’emmêlent et créent une fable inquiétante sur les répercussions scientifiques, dans la droite lignée des œuvres contant les échecs annihilateurs d’inventeurs à l’orgueil démesuré. Si un twist un brin convenu pour un film de SF redirige le film dans son dernier tiers vers une perte de repères stimulante, on ne peut que regretter les séquences un brin répétitives des premiers tiers du long-métrage. Peinant à se renouveler dans sa mise en scène d’une confrontation psychologique forcément immobile, le scénario prend finalement son envol dès lors que le twist surgit. Quoi de mieux alors que de plonger dans un kaléidoscope monochromatique pour embrasser l’état d’esprit d’un personnage principal désormais désanchenté ? En faisant fi de ses défauts, on se laisse emporter par l’apreté pertinente du récit d’Absolute Denial. Bien que le propos tenu par le long-métrage de Ryan Braund ne soit pas des plus surprenants, les chemins empruntés par la narration désorientent constamment le spectateur jusqu’à l’inévitable prise de conscience inhérente à la science-fiction. Une proposition étonnante comme on aimerait en voir plus souvent !

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